Des rizières systémiques

La terre "bleue du ciel"

La saison sèche commence à s’étouffer dans de derniers rayons. Oh, elle n’a pas été si chaude, rien à voir avec les claques solaires et transpirantes qui matent les corps à Phnom Penh ! Ici tout au plus, la poussière rouge repeignait la silhouette de la province, et les cris de joie des enfants éclataient au rythme des retours d’électricité. Car pas d’électricité ici, ca veut dire pas de pompe pour puiser l’eau du puits (profond de 60m). Et quelques jours sans eau, c’est pas si court…

Du coup, dans les villages ciblés par le projet, on construit des puits. Le technicien m’explique : Tu vois cette terre, elle est bien, l’argile blanche avec comme de la rouille dessus. Dedans il y a de l’eau, comme dans l’autre type de terre, la terre « bleue du ciel ».

Pourtant de plus en plus au-dessus de nos têtes, en fait de « bleu du ciel » plane un « gris de coton », murmuré par les lèvres cotonneuses de nuages boursouflés. Après les éclairages flicards d’une saison sèche sans ombre s’ouvrent des bouches béantes dans la forêt, recoins et flaques sans fond, contours noircis des écorces mouillées de pluie, laissant tout d’un coup une place inespérée à des souvenirs de légendes bretonnes.

En effet, les pluies reviennent, fortes et puissantes, déchaînant avec extase des imaginaires de bateau en pleine tempête. A l’extase succède aussi l’appréhension en pensant aux expéditions en forêt prévues les mois qui viennent, qui risquent de ressembler à ces films de guerre empêtrés de boue, de fringues trempées et de moustiques. Mais à l’averse tonitruante succède ce doux sentiment de refuge dans les villages, de confort, de regroupement dans la maison. Comme si une famille resserrait ses liens face à ce grondement environnant.

En parlant de village et de famille, les derniers entretiens avec les chefs spirituels ont lentement dérivé vers un autre objectif que celui initial. Peut-être poussés par les courants de vin de riz (à 1$ le litre d’alcool à brûler, c’est vite efficace) (oui car ils faisaient vite la gueule si on ne servait que des gâteaux pour les réunions). Donc il a bien fallu réfléchir à me trouver un mari, pasque même jeune hein, si y a pas de problème pour épouser un étranger, et ben j’ai qu’à épouser un fils de chef spirituel. Alors je suis très flattée merci mais je vais juste reboire un coup et ça suffira !

Non, je me suis quand même engagée à aller sur la montagne sacrée avec le meilleur guide du village : l’ancien chef Khmer rouge de la zone. Très gentil cela dit.



Publié à 03:17, le 23/03/2012,
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Breves animales

 A Talae, l’un des villages les plus éloignés, le ciel est toujours comme un vaste océan. Embrasé comme un incendie a la fin du jour, palette mouvante au gré de l’aurore, sa parure se change aussi en une voute étoilée comme j’en ai rarement admirée. Apres le diner de riz et de poisson sec a 17h, le bercement du hamac accompagne la poésie ambiante

- I love to observe stars but I cannot recognize them… Do you know constellations, Sim ?
- …
Yes, I know only one, this one.
- You mean Orion ?
- No, the chicken star. You see? The chicken here and the baby chicken around.
Hum… tout de suite un peu moins bucolique…

Le poulet aussi, ca revêt de quelque chose de particulier, surtout pour certains :
- Bonjour Mr Mormyon ! Vous avez encore plus de poulets qu’a la derniere mission, ca n’arrête pas ! Vous ne les vendez pas ?
- Non non.
- Vous les mangez alors ?
- Euh non non.
- Vous les donnez pour des mariages ou des fetes ?
- Non, non plus.
-… Bah pourquoi vous élevez des poulets ?
- Ben… Pour les regarder ! Quand il y en a beaucoup, c’est happy !

Le poulet est donc meme plus familier qu’un chat. Encore qu’un poulet se fait virer de la cuisine par un coup de pied transformant l’animal en flying chicken, véritable bombe a plume (surtout si il est croisé avec un poulet sauvage). Tandis que le chat rode a plus de considération :
- Donne donc les aretes de poisson a Meodeng !
- Tiens, le chat a un nom ?
- Euh pas vraiment. Meow c’est le miaulement et Deng le propriétaire du chat.
C’est vrai que « Biscotte » ou « Caramel » c’est fade comparé a « Miaou-Joseph, viens manger ton paté ! »

 

On peut aussi considérer le chat comme privilégié si on considère l’alimentation des chiens ou des cochons. Ces derniers m’ont au moins fourni la réponse au pourquoi, malgré le fait qu’il n’y ait pas de toilettes, je ne voyais jamais aucune trace. Je sais que le riz constipe mais quand même. En fait ces chasses d’eau sur pattes se disputent gentiment a 3 mètres du petit coin longuement cherché, en attendant de se jeter goulument sur ce que vous aurez vainement essayé de recouvrir de feuilles. 



Publié à 12:48, le 31/01/2012,
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Enigme a Banlung

Après avoir dessiné des acteurs de la vie quotidienne de Banlung, vu un film policier situé dans une banlieue états-unienne et discuté de théâtre juif avec un bon ami... Une idée m'est venue.

Quoi de mieux que l'imaginaire pour tenter de faire vivre la représentation qu'on a des personnes? Quoi de mieux que la fiction pour rassembler ce qui nous a marqué chez des gens et des situations? Pourquoi pas tenter de reconstruire des comportements d'ici, sachant que ça ne peut être vraiment fidèle à la réalité mais que ce sera au moins une tentative de comprendre l'intérieur d'un personnage d'ici?

Surtout, j'aimerais convier d'autres personnes, khmers ou étrangers de Banlung, à définir leurs propres personnages fait de caractères et traits qui les ont marqué de par leur expérience, et confronter toutes ces visions. Peut-etre chaque semaine, collecter ces histoires et en faire quelque chose.

Quant à l'intrigue, elle reste à tisser pour relier ces personnages, ces histoires. Surement par un absent, à chercher à travers ces différents mondes.

Des suggestions??

 

 



Publié à 06:10, le 15/01/2012,
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La mort par les vies qui passent

Echappée touristique sur le fleuve Sesan, a 1h30 de pirogue jusqu'a un cimetiere tribal. Déja, revoir des lieux de travail avec des yeux de voyageur, sans questionnaire a poser ou réunions a construire, remplit d'étincelles de compréhension un quotidien vite vieilli. Ce retour "nu" est comme un dépoussierage, ou plutot une lueur inattendue éclairant des niches fascinantes. La vision du guide (khmer) sur ces lieux etait aussi intéressante que ce qu'on a visité! Quels préjugés, quelle vision extérieure, quelle construction de l'autre, quelles croyances en l'avenir se forgent autour de ces minorités fantasmées? 

"Avant, les minorités ne savaient pas comment gagner de l'argent et avaient de toutes petites maisons. Maintenant ils savent vendre des poulets, des cochons et commencent a avoir de grandes maisons comme les khmers! (enthousiasme et sourire émerveillé)
Mais ils ont toujours des traditions: tous les 5 ans ils attachent un buffle a un poteau, chantent et boivent beaucoup de vin de riz. Puis ils coupent d'abord les pattes du buffle pour qu'il tombe puis lui coupe la tete (petite moue de dégout silencieuse pour laisser le visiteur s'exclamer a sa place "quelle horreur").
D'ailleurs, regarde, chut, une cérémonie! Il ne vaut mieux pas y aller comme ca, ils vont créer des problemes avec les gens extérieurs une fois que c'est commencé (il va discuter 100 metres plus loin un villageois puis revient avec le meme air de chasseur chassé). Bon, en fait il ne vaut mieux pas y aller comme ca, ils vont nous inviter a boire beaucoup et apres on sera ivres pour conduire la moto" (quels sauvages quand meme, hein!!)

 

Mais, comme dit dans un super bouquin de Pierre Bourdier, on nomme "tribus" (moi aussi d'ailleurs) en fait a tort ces groupes qui ne constituent pas des communautés fermées ; depuis des siecles les habitudes changent et se transforment, gardant des particularités tout en intégrant les fruits des rencontres et échanges avec d'autres. Au meme titre que Tartiflette et Tiramisu sont des "traditions locales" pourtant issues d'ingrédients (patate et café) nouveaux, disputés, échangés, récupérés a travers des océans et des conquetes, des voyages et des acculturations.

A ce titre, les cimetieres sont un éclairage surprenant ; l'un d'eux a été ouvert aux touristes (l'équivalent de un dollar l'entrée) apres avoir consulté les esprits, le nouveau chef administratif du village, le chamane et le conseil des anciens. Les visiteurs doivent d'abord aller au village puis au cimetiere assez éloigné ; procéder en sens inverse rameuterait les esprits des morts au village, et ces derniers sont tres jaloux ; si on mange a coté d'eux il faut leur offrir force vin et libations sous peine de maladie. C'est aussi pour ca que le cimetiere est loin et que personne n'y va jamais, sauf les familles riches qui reconstruisent les tombes a l'occasion d'une fete (les plus pauvres n'ont qu'un baton planté dans la terre).

Il n'y a pas de nom ni de date, il y a les affaires du mort et surtout de quoi boire. Parfois une tombe de couple avec les statues des deux conjoints y compris le ou la non décédé(e). Les plus modernes, de l'année derniere, ont des statues aux meme expressions étranges et éternelles, meme si elles sont cloutées de lunettes, telephones portables et d'helicoptere!!

 



Publié à 03:30, le 6/01/2012, dans Vacances et weekends,
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Gaz!!! Ou pas

 La moto ici, c'est toute une histoire. Heureusement que j'ai pris quelques cours avant, en Bretagne, avec la meilleure école qui soit (faites le détour vous aurez envie de reprendre des cours meme si vous etes un Schumi  du berceau).

Cependant, il faut adapter quelques lecons...



Publié à 02:32, le 29/12/2011,
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