Des rizières systémiques

La mort par les vies qui passent

Echappée touristique sur le fleuve Sesan, a 1h30 de pirogue jusqu'a un cimetiere tribal. Déja, revoir des lieux de travail avec des yeux de voyageur, sans questionnaire a poser ou réunions a construire, remplit d'étincelles de compréhension un quotidien vite vieilli. Ce retour "nu" est comme un dépoussierage, ou plutot une lueur inattendue éclairant des niches fascinantes. La vision du guide (khmer) sur ces lieux etait aussi intéressante que ce qu'on a visité! Quels préjugés, quelle vision extérieure, quelle construction de l'autre, quelles croyances en l'avenir se forgent autour de ces minorités fantasmées? 

"Avant, les minorités ne savaient pas comment gagner de l'argent et avaient de toutes petites maisons. Maintenant ils savent vendre des poulets, des cochons et commencent a avoir de grandes maisons comme les khmers! (enthousiasme et sourire émerveillé)
Mais ils ont toujours des traditions: tous les 5 ans ils attachent un buffle a un poteau, chantent et boivent beaucoup de vin de riz. Puis ils coupent d'abord les pattes du buffle pour qu'il tombe puis lui coupe la tete (petite moue de dégout silencieuse pour laisser le visiteur s'exclamer a sa place "quelle horreur").
D'ailleurs, regarde, chut, une cérémonie! Il ne vaut mieux pas y aller comme ca, ils vont créer des problemes avec les gens extérieurs une fois que c'est commencé (il va discuter 100 metres plus loin un villageois puis revient avec le meme air de chasseur chassé). Bon, en fait il ne vaut mieux pas y aller comme ca, ils vont nous inviter a boire beaucoup et apres on sera ivres pour conduire la moto" (quels sauvages quand meme, hein!!)

 

Mais, comme dit dans un super bouquin de Pierre Bourdier, on nomme "tribus" (moi aussi d'ailleurs) en fait a tort ces groupes qui ne constituent pas des communautés fermées ; depuis des siecles les habitudes changent et se transforment, gardant des particularités tout en intégrant les fruits des rencontres et échanges avec d'autres. Au meme titre que Tartiflette et Tiramisu sont des "traditions locales" pourtant issues d'ingrédients (patate et café) nouveaux, disputés, échangés, récupérés a travers des océans et des conquetes, des voyages et des acculturations.

A ce titre, les cimetieres sont un éclairage surprenant ; l'un d'eux a été ouvert aux touristes (l'équivalent de un dollar l'entrée) apres avoir consulté les esprits, le nouveau chef administratif du village, le chamane et le conseil des anciens. Les visiteurs doivent d'abord aller au village puis au cimetiere assez éloigné ; procéder en sens inverse rameuterait les esprits des morts au village, et ces derniers sont tres jaloux ; si on mange a coté d'eux il faut leur offrir force vin et libations sous peine de maladie. C'est aussi pour ca que le cimetiere est loin et que personne n'y va jamais, sauf les familles riches qui reconstruisent les tombes a l'occasion d'une fete (les plus pauvres n'ont qu'un baton planté dans la terre).

Il n'y a pas de nom ni de date, il y a les affaires du mort et surtout de quoi boire. Parfois une tombe de couple avec les statues des deux conjoints y compris le ou la non décédé(e). Les plus modernes, de l'année derniere, ont des statues aux meme expressions étranges et éternelles, meme si elles sont cloutées de lunettes, telephones portables et d'helicoptere!!

 



Publié à 03:30, le 6/01/2012, dans Vacances et weekends,
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Ballade au lac du dragon

Ce matin, j'ai pris mon appareil pour l'une de mes promenades préférées. Peu a peu, je m'aventure dans des plantations alentour, mais pas encore de chemin fixe!

De nombreux esprits peuplent ce lac volcanique. Or, tous les esprits du Ratanakiri sont dangereux : au mieux ils nous ignorent, au pire ils punissent les insolents ou, si les coupables sont étrangers, ils punissent les habitants des environs! Il faut donc les amadouer ; la semaine derniere, sacrifices d'animaux et psalmodies bouddhistes ont eu lieu pour faire revenir l'eau normale. Noire et contenant du souffre, il semblerait que l'eau du cratere recueille la colere du dragon qui y vit. Ce dernier s'est sans doute réveillé, passant par un tunnel des profondeurs d'un lac a l'autre, et venant ici faire onduler son corps de serpent et ses cheveux d'homme. (Les esprits malfaisants et particulierement ceux des lacs ont souvent un visage humain pour tromper et un corps animal pour tuer). D'autres avancent que le volcan se réveille...

Quoi qu'il en soit, je ne me baigne plus dans l'eau du lac. Mais marcher en bordant les eaux noires, observer les écureuils flamboyants décrocher les fruits, écouter les oiseaux fous... suffit a mon bonheur!

 

 

De plus, c'était l'occasion de gouter a un délicieux petit déj fait de larves d'abeilles encore dans leur cocon. En mordant ca claque comme du papier bulle, en machant ca a une texture un peu spongieuse et liquide, et au gout, passé une premiere aigreur, c'est riche, bon et teinté d'arome de miel! En regardant apres sur internet, j'ai découvert que c'est un des insectes les plus nutritifs, tres riche en vitamine D et en protéines! L'ours les prefere d'ailleurs de loin au miel. A qui j'en rapporte??



Publié à 06:50, le 13/11/2011, dans Vacances et weekends,
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Retour en France...

Retour en France d'un bon mois et demi, avant de repartir au Cambodge début octobre... mais pour un nouveau job d'un an dans la jungle! (je détaillerai dans un autre post). En attendant, un petit post...

Dans ce retour (je ne parlerais pas des personnes qui occupent la première importance mais qui l’occupent avec autre chose que des mots !), une des premières redécouvertes se cache dans les odeurs. Je suis revenue à pied. Herbe d’été tout juste coupée, vieux arbustes de bords de route aux senteurs fortes et rances, odeurs des champs et de paille voletant pas si loin, parterres de fleurs urbains et rosiers envahissant les narines… Les fruits gorgés de parfums juteux collent au nez et aux doigts.

Sur le chemin, il y a les retrouvailles, ce sentiment de retrouver tout d’un coup un aimant duquel on était longtemps écarté. L’impression de retomber sur un vieil objet rouillé au fond d’une boîte de gâteaux en métal qu’on avait cachée au fond de l’armoire. « C’est aussi à moi, c’est aussi chez moi tout ça ». Se réapproprier, ou plutôt réapprivoiser ces lieux en imitant ses habitants. Surtout les chats. Se frotter aux gens, dormir en se laissant tomber dans un coin de soleil, attendre en s’imprégnant des lits comme d’une seconde peau. Jouer, manger, dormir.

Et puis il y a les ballades, la mer, le vent, la morsure du froid qui me manquait tant, des paysages d’horizons tout en étant à la maison, les mâts des rêves d’enfants et les silhouettes de bateaux lents. Des rochers et des baies de sable comme aucun tableau ne saurait les peindre vraiment, car ils sont d’abord un bout de nos têtes. La saisie de l’eau froide un bain de naissance.

Récemment aussi, j’ai adoré me « perdre » seule dans Rennes, déambuler hors du cocon comme on voyagerait dans un pays étranger. Y regarder les gens, les regarder vivre, comment ils bougent mangent et rient. Recroiser au hasard des vieux souvenirs assis sur un banc ou le long du canal. Détailler les nouveautés comme un monument burlesque d’art moderne dans le paysage figé de nos souvenirs. Les jardins sont trop rangés, les parcs trop vides, je me sens plus amoureuse de paname et en fringale d’urbain. J’arpente les rues pour observer les habits qu’on porte, écouter les jeunes qui parlent et blaguent à voix haute, sentir le chèvre chaud d’un resto en terrasse et trinquer par la pensée avec les gens qui déjeunent. Regarder comment ici vont les couples, comment marchent les mendiants, comment roulent les motos. Et je déambule, zig-zague, demandant l’heure ou écoutant un bout de conversation sur téléphone, juste par plaisir de prendre corps, un peu seulement, avec cette vie citadine. J’ai l’impression d’entendre battre le cœur de la ville comme on poserait la main sur un arbre, de respirer les odeurs et les bruits d’urbain, le rythme des grues et des panneaux publicitaires. S’asseoir et sourire, suspendue dans ce petit instant d’éternité. Très étrange cette espèce de poésie pas poétique, mais c’est ce que ça m’a inspiré !

 

 



Publié à 20:40, le 6/09/2011, dans Vacances et weekends,
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Croquis a Kratie

Quelques apercus de la post-jungle, dans la ville de Kratie;

Ornaments de la pagode sur l'ile de l'autre coté du Mékong, petits essais sur les feuilles et fleurs... Le moine de la pagode et quelques enfants passaient de temps a autre, s'arretant un bon quart d'heure derriere mon épaule.

Je restais silencieuse et il y eut un petit dialogue rigolo entre l'enfant et le moine:

"Qu'est-ce que tu fais la?

- Je regarde ce que fait la barang, elle dessine

-Elle dessine quoi?

- Les feuilles la... et puis ce buisson ici, la...

Blanc.

- Mais pourquoi elle fait ca?

-Je sais pas.

Nouveau blanc, ou du moins par les mots, mais leurs regards restaient la!

Sur la suite de la ballade en vélo, on pouvait voir de loin l'éclat argenté de petits dauphins, et surtout les villages flottants, parait-il habités de vietnamiens. Une sorte de vie secondaire, halée par les pieux, rythmés par les enfants jouant sur les bancs de sable

Puis, retour a la ville, avec les marchés fouillis dont les étageres sont les fils électriques ; y pendent les manteaux, cabas, ventilos...

Et enfin, petit vendeur de montre chez qui je suis allée, apres avoir perdu la mienne en grimpant aux lianes!! Un fatras digne de Kusturica plein de petites pieces, de plumes de poules, de clés, de crasses, d'instruments et de lunettes écaillées.

Du coup je me suis retrouvée avec les montres étanches en plastique noir, qui font chronometre et réveil, celles qu'on voulait quand on était au college... 5 dollars! On a mis du temps avec le petit marchand, a la faire marcher et remettre la date. Du coup, quand on a réussi, on s'est pris dans les bras!!



Publié à 05:22, le 11/05/2011, dans Vacances et weekends,
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Départ pour la jungle du nouvel an khmer

Pour le nouvel an khmer, nous sommes donc, entre quatre coupaings, partis dans la jungle du ratanakiri et avons suivi le mékong jusqu'a Kratie, la ville assoupie des villages flottants et dauphins survivants.

Pour un récit détaillé, je vous encourage a voir le blog d'Estelle, l'accordéoniste valsant entre microfinance sociale et plongeon culturel, entre observatrice et observée, entre rires et échappées musicales! Ici : estellemicrofinance.uniterre.com/ et si vous voulez le revoir apres, il est dans la rubrique des liens sur la droite ("Une autre expérience cambodgienne")!

 

 

 

 

 

Pour faire le lien, l'accordéon a d'abord permis de rythmer les pauses sur les dizaines d'heures de bus qui nous séparaient du Ratanakiri. Toutes les heures, le bus était "réparé" a grands bouts de tole, goulées d'eau et coups de pince dans le moteur tourbillonant.

Philosophes, les gens regardent ou prennent un petit dessert fait de sirop, fruits et glace moulue. Il fallait bien se rassénerer apres tous ces paysages désolés de terre brulée, défrichée, calcinée... Des cimetieres entiers de moignons noirs, de cadavres d'arbres, de milliers d'zyeux d'incendie qui restaient allumés le long de la route... Des échappées de fumée comme des derniers souffles. Et parfois, tout nouvellement remis, des hectares et des hectares de cyborgs caoutchouteux. L'hevea est l'avenir!! Forcément, ca rapporte plus qu'une foret normale. Quant aux degats écologiques, on prefere accuser les "minorités" du coin qui brulent les herbes pour pénétrer dans la foret et en récolter les fruits. C'est vrai que ces dangers de la nature doivent bien bruler un petit quart de dixieme de ce que les compagnies vietnamiennes s'approprient contre fonds trébuchants du ministere de l'agriculture... Un petit article intéressant sur cette complexe affaire : www.redd-monitor.org/2011/03/10/can-redd-protect-virachey-national-park-in-cambodia/ . La suite de la jungle en croquis est a venir!

 



Publié à 11:49, le 1/05/2011, dans Vacances et weekends,
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