Des rizières systémiques

Retour de mission

Première mission intense et passionante dans la jungle, à s’enfoncer dans les chemins de boue orange jusqu’aux cuisses, porter les motos à travers les rivières, traverser les plaines d’ “herbe du tigre”, cette herbe haute et vert pale parsemée de fleurs multicolores… A cause d’une rivière en crue, on campe au milieu de la forêt et des brames de cerf… Des nuits étoilées comme nulle part ailleurs ou le ciel semble être une myriade de diamants sans noirceur. Et au milieu de ces lianes et raciness plissées, on croise soudain… Un petit khavet, la tribu du coin, on est tout simplement en pleine nuit et il va aux champs, à des dizaines de kilomètres du village! La langue est douce à l’oreille, plus que les moustiques environnants en tout cas.

Les villages du nord, près des montagnes et forêts sacrées, sont sortis du monde. Des femmes fument des pipes étranges et enroulées comme des serpents, en soutifs ou seins nus. Les maisons sont ouvertes, temporaires, partout on pile le riz et porte le panier d’osier aux champs plus bas. Certains racontent avoir entendu un couple de tigres. D’autres cachent kalachnikov et bois précieux qu’ils revendront en saison sèche . La jarre de vin de riz et les tacos de tabac local rythment les soirées (jusqu’à 19h au moins!)… voire les matinées pour quelques uns. Même les gamins sirotent le vin et fument! Les villages ne se ressemblent pas, leur histoire et leur position vis à vis de la forêt les precede.

Ca parait sûrement platonique, c’était un vrai enchantement de découvrir de monde. Il y a du travail, mais le contexte est là! Quelques croquis des villages en vrac…



Publié à 16:26, le 27/10/2011, dans Provinces sous enquete,
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Breves de terrain

Une fillette achete pour 100 riels (0,025$) un sachet de poudre Nestlé, en verse dans le creux de la main de son frere qui leche ses paumes noircies en regardant la fete. C'est un anniversaire funéraire, 30 jours apres qu'un jeune homme et son beau-pere soient ensevelis dans le puits qu'ils réparaient. Mais c'est une réelle fete, avec ces enceintes a réveiller trois villages, les chapiteaux roses et les noix de cocos dorées, les gens qui dansent en tenues a paillettes. De temps a autre, un vénérable voisin en vieux short bleu, du haut de ses cinquante longues années et de ses muscles secs, traverse l'evenement avec sa pioche. Les élégantes vaches blanches rythment la disco.

J'adore le terrain. Pour plein de raisons. Pour ces situations et aussi, beaucoup, pour les collegues. Sarath (j'ai participé a un concours de reportage sur lui, il faudra que je le poste sur le blog!) et Chin Ven, a nous trois on partage des moments aussi festifs que touchants. Au fur et a mesure, leur respect trop poli s'est décoincé, ils sont aussi mes ainés, je n'ai meme pas 25 ans. On s'échange nos points de vue sur la guerre thai-cambodge, des cours d'ordinateur et de khmer, renseignements sur les combats de coq et la politique francaise... Aussi bien autour d'une biere que d'une soupe de riz (et plus particulierement a la pause café glacé face aux séries coréennes), la musique hip hop dans la voiture... ces moments privilégiés sont aussi de vraies friandises, pleines de sens sans mot pour les décrire.

Et puis apres les collegues, ce sont ces paysages, encore plus merveilleux cette année grace a une  saison des pluies d'Ali baba, dont les grosses gouttes nourissantes sont autant de diamants pour paysans et rizieres. Labours, buffles, palmiers a sucre et poivriers semblent composer un tableau pittoresque d'idéalisme communiste. Les cieux peuplés de troupeaux bigarrés de nuages forment aussi des scenes incroyables, dont on s'impregne dans ces temps perdus et délicieux des transports.



Publié à 13:12, le 15/06/2011, dans Provinces sous enquete,
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La fete

Un petit résumé d'un passage en province. La photo, c'est le "Golden hotel". Ce n'est pas fini, il manque un mur a tous les étages, il n'y a bien sur pas l'eau chaude, des petites bestioles ont élu domicile dans les draps mais... Je suis sauvée, il y a un écran plat!

Etant donnée l'insonorisation, plutot que d'entendre les bruits de la foire annuelle, on est allés voir avec Sarath, le chauffeur-prof de khmer-trinqueur de biere-chanteur de karaoké !
Bien nous en prit, car c'était assez folklo ; il y avait des fléchettes a lancer dans des ballons pour gagner des lots, et quels lots ; des bouteilles de nuoc man, du shampoing, des cannettes de biere, de la lessive... J'aurai été tellement fiere de gagner ma brosse a dent! Mais non, j'ai voulu aller trop vite et mes fléchettes sont parties dans les lots au lieu des ballons.

Ensuite, le concert-karaoké en plein air; c'est noël!! Les grands projos sponsorisés Colgate dans la nuit éclairent une nuée de flocons... Enfin de moustiques, mouches et autres bestioles ailées a profusion qui scintillent dans la lumiere. Meme les chanteurs s'époussetent sans cesse les cheveux.

On aura eu de la chance, contrairement a un collegue qui s'est fait voler son portefeuille au milieu des stands de serpent grillé. La police l'a retrouvé le lendemain, mais évidemment vide de sous et il a du payer 20$ aux meme policiers pour récupérer les cartes et permis! Un concert sans ticket pourtant pas bon marché!

Allez, une petite vidéo pour donner un apercu de la suite logique de la fete cambodgienne : beer garden, danse autour du pot de fleurs en plastique (une danse en rond, toujours autour d'une table surmontée d'un pot avec des fleurs que je n'ai jamais vu au naturel!), karaoké... Ici c'est la version plein air, pas la salle privée ou les serveuses ont aussi des services de nuit...!

Au fait, non les "photos-bolywood-c'est-marant-ca-c'est-terrible-mais qu'est-ce-qui-t'as-pris-c'est-pas-sérieux" ne sont effectivement, pas sérieuses du tout... Un après-midi a perdre et un sacré souvenir à gagner!

Sinon, à partir de la semaine prochaine, c'est le grand sprint suivi-évaluationnel du projet : 2 mois pleins de terrain avec mes supers collègues pour collecter la base de données de fin de projet, interviewer paysans, producteurs, chefs de villages, etc... Du boulot mais du bonheur! J'espère en retirer de belles photos, croauis et portraits à mettre sur le blog pour titiller les braises endormies...



Publié à 16:13, le 9/06/2011, dans Provinces sous enquete,
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Coulisses paysans, mangue chaude et bain de pneus

La notre, d’épopée de riz, a été quelque peu différente de celle du tableau.

Tous les matins on préparait le déjeuner de poisson fumé, riz cuit, mangue mure chauffée au soleil, bouteilles d’eau rationnées et glaçons, vin de palme, parfois des pattes de poulet. Dans le champ, on a d’abord coupé les herbes hautes, étalé le riz sortant de la moissoneuse-batteuse et retourné sans cesse pour le sécher. Pieds nus dans les grains de riz, qui piquent de partout comme des insectes.
Apres quelques jours, le mettre dans des sacs a l’aide d’une assiette, peser et nouer ces sacs pour s’assurer qu’ils font bien 30kgs… Ca remplit une semaine d’heureusitude !

Nota bene : Sans café et avec plus de 4 platées de riz par jour, bison futé intestinal voyait rouge et la solution fut improbable : soulever et reposer plus de 500 sacs de 30 kgs sur une balance a sollicité les abdos a un point qu’il m’a fallu courir plus loin … sauf que des rizières c’est plat, et en temps de récolte, il n’y a plus de hautes herbes ; juste les gens qui les coupent !

Le midi est une pause sous le petit abri fait de branches et de toiles de sac. Un radeau sur cet océan infini de rizières, les sacs claquant au vent comme des voiles usées. Les nuées d’oiseaux blancs dansent au loin dans les lueurs d’orage, le bruit des machines tonne comme un fracas d’écume. Les marins esseulés que sont les ouvriers agricoles viennent s’y réfugier parfois, et le père insiste pour offrir une mangue à ces jeunes d’autres provinces. Ils portent parfois, seuls, des sacs de riz de 100kgs sur leurs dos frêles !

Vers 17h, le père prend la relève (hommes et femmes se partagent taches et horaires sans dépasser, même si j’aurai du coup la chance de faire des deux !). Parfois, avant de partir, on va dans la cahute à café glacé ou il aime répéter que je suis celle des enfants qui travaille le plus, concluant que scientifiquement,  les blancs ne craignent pas le soleil. Mais il faut manger pour bien travailler ! (traduction : il faut prendre une 3eme assiette de riz a midi et une a 16h avant le diner).

Apres il va dormir près du riz. La fille et moi rentrons à la maison nous baigner dans le fleuve, au lever de lune. On y lave les fringues la ou éviscère le poisson et lave le poulet. En voulant récupérer une chemise dans l’eau, ah non c’est un vieux sac plastique de canne a sucre! On y lave le chien aussi, mais il a peur de la barquette vide de riz au porc qui flotte. Il y a l’odeur de la décharge a coté, mais au moins dans ce sol vaseux, un pneu est le bienvenu pour ne pas s’enfoncer ! Juste « ne pas boire la tasse ne pas boire la tasse ». Car toutes les petites coupures s’infectent !

Le soir, la mère et la fille pose plus de questions que la dernière fois. Quand je fais des erreurs, elles m’indiquent plus directement comment la corriger ; moins de gants a prendre ! Contre toute attente, la fille a aussi dessiné sur le carnet que je leur avais offert, et nous passons une heure devant un dico khmer-chinois ou elle déchiffre le nom des pays, écrit en anglais sous les drapeaux. 

Vers la fin, le nombre de tonnes est attendu, anticipé comme une note d'examen. La note est bonne cette année. Le dernier jour, les champs sont désertés, la bataille est finie. Les éleveurs de chèvres, pêcheurs et collecteurs de sucre de palme reprennent leurs droits, l’herbe repousse, certains labourent déja. Le cycle est reparti. Je repars avec quelques kilos de mangue et de haricots sous les bras, de la paille de riz et du bonheur dans les yeux.




Publié à 07:43, le 26/03/2011, dans Provinces sous enquete,
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Recolte de riz de saison seche ; l’épopée du riz

Il y a 15 jours, je suis retournée dans cette famille de paysans a Kandal, une pleine semaine, pour la récolte de riz de saison sèche.

A peine débarquée, hop, chemise-casquette-mitaines, serpe dans la poche, une planche sur le siege arriere de la moto pour y mettre le déjeuner et nous-meme (Je repensais dans les cahots a une amie me parlant de l'importance du casque a vélo!). Et on est parties dans cette immense fresque fascinante qu'est la récolte .

C’est comme un tableau de Bruegel avec plein de fourmillements, de personnages divers et de détails partout. Je ne suis pourtant pas militariste, mais la métaphore qui m’est venue spontanément est celle d’un immense champ de bataille. Mais attention, une bataille au sens romanesque, une guerre épique comme elle serait racontée par un troubadour ou peinte dans un livre, avec des stratégies d’attaques et des assauts chevaleresques. Surtout qu’un ciel orageux inondait les gerbes dorées d’une lumière d’Apocalypse, beauté sombre et terrible faisant ressortir les mille détails de ce décor de cinéma épique.

D’abord on s’éloigne des habitations et du village en s’enfonçant dans les plaines. Sur le chemin, les grillons sont particulièrement assourdissant ; chassés des champs, ils martèlent un tambour d’artillerie. On croise bientôt les premiers champs dévastés, coupés, ratissés, jonchés des cadavres incendiés de bottes de foin. Les cendres mortes noircissent le sol et laissent échapper de dernières fumées. Quelques vaches fatiguées broutent les restes d’herbe sèche, comme des montures esseulées dont le cavalier girerait quelque part.
Plus loin, les tentes des cultivateurs réfugiés, propriétaires ou ouvriers agricoles, campant près du front pour la semaine de conquête. Deux bouts de bois, un vieux sac d’engrais décousu, un cours d’eau débordant de canards. Les carrioles de paille s’y déplacent mollement, ravitaillement d’arrière garde.


Puis arrivent les machines, les vieilles batteuses se meuvent lourdement sur les sentiers en crachant leur fumée noire, comme des tanks montant au feu de foin. Leurs silhouettes au loin projettent des gerbes dorées dans un bruit d’enfer.
Des mousses et trousseurs de cadavres rodent autour, extirpant des champs éventrés les multiples animaux réfugiés (rats, oiseaux, serpents). Les flammes lèchent déjà les flancs pales de rizières aux racines tranchées

Nous rejoignons les régiments épars de fantassins, casqués de kramas, armés de serpes et de paniers tressés. Les paysans montant a l’assaut du riz en s’observant mutuellement,  jaugeant les techniques de combat des uns, questionnant la stratégie de l’autre pour appréhender cette lutte commune. Mais être dans un même camp n’a jamais réfréné des rivalités et inégalités. Cette ambiance de troupe se ressent surtout a la « cantine », la bicoque de café glacé surplombant les différents fronts de l’épopée du riz ; que je détaillerai dans le prochain post



Publié à 09:58, le 18/03/2011, dans Provinces sous enquete,
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