Des rizières systémiques

Une mission terrain

 Comme tous les mois, une ou plusieurs mission(s) terrain s’organise(nt)

Étape 1 : Carburants divers!

Le plein dans nos vaillantes Honda dream 125 et dans deux bidons plastiques fatigués, Pour la mécanique de nos propres tripailles, du riz encore et toujours, des pates thailandaises en sachet précuit préglutamaté, des conserves de poisson, et du prahoc (le fromage cambodgien fait non pas à partir de lait- mais de poisson- pourri).

Étape 2 : Préparation des montures

L’imprimante crachote en cadence les documents de travail pendant qu’on prépare en rythme une paire de chaussures montantes (contre serpents et surtout obstacles à moto), 2 T-shirts de l’ONG, hamac-moustiquaire et couverture, aspi-venin et anti-palu ;

Après vient l’arnachement des motos a coups de lanières de caoutchouc ; un transport jusque là-bas doit en valoir le coup ! Quelques dizaines de kilos de clous pour les poulaillers, des sacs de semences, du matériel éducatif, un générateur pour des projections…

Étape 3 : Départ à plusieurs vitesses

Selon la ponctualité des techniciens agricoles (préparation des vaccins, affaires, etc) , on part vers 8-9h jusqu’à l’ancienne capitale de la province à travers les bosses poussiéreuses. On y savoure un dernier café glacé, une dernière soupe de nouilles avant de prendre le bac à travers le fleuve Sesan. Là, la mission commence vraiment…

Étape 4  : Les villages

Après la traversée de rivières, de champs de riz, de chamkar et de stations ranger (ou monter dans les camions confisqués me procure la même sensation que dans les musées d'armement de mon enfance!), on arrive au village… Les cheveux en pétard et les cuisses ankylosées, installe les hamacs (ou désinstalle ; a 4 sur un poteau, ca occasionne parfois de belles chutes coordonnées!). On prépare le feu pour faire bouillir l’eau potable et avertit le comité de villageois de nos prochaines activités. En attendant, une petite partie de cartes détend les zygomatiques tout en massant les gains d’une éventuelle petite tournée de bières si il y en a ! (et si on a le budget, car dans les villages une cannette revient au prix d'un repas).

Réunions, discussions, vérifications et distributions s’opèrent auprès des comités et des bénéficiaires en une sorte de ballet plus ou moins organisé, très souvent soumis aux aléas d’un enterrement rassemblant une partie du village, d’une personne clé partie à perpette-les-oies, de l’attente de tel chef ou de tel rapport de ce qui a été fait en notre absence. On dessine sur le sable ou se trouvent le fleuve-des-mangues ou le lac-aux-esprits, en prenant soin de ne pas vexer les esprits qui y habitent par quelque sacrifice préliminaire. Car même si on trouve une raison scientifique a la maladie, il y a toujours la raison "spirituelle" qui a causé la raison scientifique… Pour eux, on ne peut soigner le symptôme sans s'être attaqué à la racine. Quant a savoir qui s'illusionne, je n'en sais fichtre rien!

Fin d’après-midi, s’asperger d’eau en krama dans le fleuve ou le puits le plus proche en se prêtant le savon (il y a toujours quelqu’un qui l’oublie). Rester un peu béatement, le regard se promenant sur le dos des lucioles. Une autre réunion avec les villageois revenus des champs, refuser ou accepter la jarre de vin de riz avec le comité (selon la fatigue et le travail à faire, mais l'ambiance peut etre extra, avec un petit couple de 50 ans amoureux comme a 20 et qui veut apprendre le francais…), zigzaguer entre les enfants aux cheveux fous et les femmes aux seins nus dans des maisons en bambou, le type édenté qui se badigeonne une blessure avec l'encre rouge du tampon de l'ONG! Certains vieux ont les dents sciées "comme un tigre", derniere fashion.

Mais souvent, on rattrape du sommeil là-bas, faut dire qu’en se couchant à 19h… Parfois les gongs, les pleurs des femmes et les cris des hommes résonnent dans la nuit a l'occasion de funérailles. La saison seche y est propice (tout comme aux scorpions et diahrées).

Le vent souffle dans la moustiquaire de nos hamacs comme une tempête dans les voiles d’un bateau de nuit, le son beau et sourd des cloches de buffles rythme l’écoulement d’une nuit souvent étoilée. Ou alors ce sont d'étranges éclairs qui trouent d'orange pale les cieux sombres et bleus. Parfois, le « riche » du village met en marche son générateur pour mettre des Tom et Jerry ou du karaoké.

Dans les premiers villages, on s’attarde un peu plus, mais dans les derniers, on a plus en tête le retour à la « ville », aux rapports, …

Entre les missions du coup, mieux vaut se gaver de mangues mûres, de cafés aux glaçons et de soupes du marché… Histoire de changer des variétés gourmandes du terrain : des feuilles d'arbre, des pâtes en sachet, riz-poisson sec, riz-poisson conserve, et un truc toujours plus fréquent… ; riz-pâtes en sachet (la poudre de glutamate « saveur porc » des pâtes faisant office de condiment plus assaisonné). Une des rengaines de ces repas consiste à dire « quand on rentre à Banlung, on se bouffe 3 poulets grillés chacun » « Oh ouaaaaaaaais ».


Publié à 04:43, le 1/05/2012,
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