Des rizières systémiques

Au revoir

Suors'dey!!

Comme beaucoup le savent, me voilà partie du Cambodge un peu plus tôt que prévu, à la suite de quelques péripéties.

Rentrée entre temps en France, je repars pour un contrat de deux ans ... au Maroc. Le nouveau blog s'appelle "La ruée vers l'Oued" et se trouve à l'adresse http://larueeversloued.blogspot.fr/

A bientôt pour de nouvelles aventures!



Publié à 18:59, le 6/01/2013,
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Les voix de la foret

 


Cette expédition a différé des autres, car nous accompagnions un collecteur de bruits. J'ai ainsi réalisé que lors de nos précédentes missions, une dimension merveilleuse de la foret nous était indiciblement étouffée, soit par nos pas sur les feuilles, soit par les mots échangés.
Cette fois-ci, alors que le micro était placé devant le fouillis de verts, tout le monde devait se muer en Roi du silence au Royaume de l'écoute. 5mn, 10 mn, une demi-heure… A quelques mètres d'un micro si sensible, le moindre mouvement est perceptible. Ainsi se meut-on comme dans une eau chaude, tout doucement, a gestes lents et souples. On se trouve comme naturellement forcés à la contemplation! Le dos se redresse, l'oreille s'ouvre à l'affut des voix de la jungle comme un pupille grandirait dans la nuit.


Peu à peu, pour le début de l'orchestre, les chants des cigales s'élèvent sur fond du cours d'eau cascadant plus loin. Elles s'interrompent, reprennent sur un autre ton bientôt repris par des chœurs de grenouilles pétillantes. Le tout tintinnabule, fourmille, bouillonne derrière les feuilles et les herbes à mesure que le tympan s'affine aux mille notes harmonieusement dissonantes. De petits perroquets rythment l'ensemble par de fréquents roucoulements d'eau. La symphonie est lancée et construite, vient le temps des solistes; un toucan cornu fait son entrée de plumes lourdes et enrubannées, lance un long rauquement dans l'écho de la clairière. Virevoltant d'un côté et de l'autre, sa prose emmène l'oreille en haut des arbres et redescend parmi cigales et grenouilles, dérangeant plusieurs groupes de petits oiseaux multicolores. La deuxième phase du concerto se fait précéder d'un long grondement enroulé, tonnerre étouffé et grondant derrière les nuages couleur de feu et d'argile. Le vent dans la foret soupire comme un océan au-dessus des arbres, soufflant dans des feuilles d'écume.
Les premières minutes poussent à fermer les yeux afin de se plonger dans l'univers de cette cathédrale de sons. Puis, peu à peu, la vue se réveille pour voir à une toute autre échelle, a une toute autre dimension. Une sorte de moment présent à l'état pur, ou on s'émerveille de tout. Le concerto forestier en arrière-plan révèle un Microcosmos Ratanikirien ; mini sauterelles se confondant sur des feuilles aussi délicatement tissées qu'une dentelle végétale, araignées-demoiselles se balançant sur leurs toiles au vent partout dans les grandes herbes… Deux d'entre elles, une grande verte élancée ainsi qu'une petite rouge trapue, ont des toiles presque jointes et s'approchent dans ce balancement gracieux. Comme dans un roulement de tambour animal, elles s'éloignent en courant sur leurs toiles, reviennent en agitant leurs mandibules, se rééloignent…


Ce combat dansé est soulevé par quelque brise, puis soudainement interrompu par un stratégique coup de mandibule de l'araignée rouge ; elle a tranché la toile de son adverse… Les guerrières se tiennent immobiles… L'œil coure vers les autres araignées demoiselles disséminées partout, s'arrête sur le graphisme incongru de champignons dorés, repart sur les ailes de papillons à pois blancs, s'évapore dans le mystère des cavités d'une lourde roche qui ressemble à une porte ou un vaisseau vers je ne sais quelle féérie.
A chaque ambiance sa magie, en tous les cas, ça compensait les heures passées avec la moto dans ces racines luisantes, rizières-lacs, chemins-fleuves et patinoires de glaise! Heureusement que c'était la dernière mission de la saison! 



Publié à 05:04, le 30/06/2012,
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Into the wild

Le plus grand préparatif de ce depart en foret était destiné aux... sangsues! Comme médoc traditionnel, piles eventrées et vidées dans un bout de vieux T-shirt avec du glutamate. Il faut dire que, meme indolores et inoffensives, les plaies s'infectent quand elles sont a 4 entassées sur la moindre griffure. Celles des lacs et rivières sont particulièrement énormes. Surtout, si y a plus de place ou des chaussettes en bas, elles peuvent remonter dans le pantalon... Jusqu'aux parties génitales. Du coup, les chaussures decathlon ont laissé place a l'esthétique option sandales et pantalon remonté. Mais les jambes en souffrent et tout s'infecte: mauvais choix. Celles du lac sont enormes! Mais, pire que les sangsues, c'est quelqu'un qui en a peur; mon collègue ressemble ainsi à une caricature de femme de ménage espagnole avec sa bombe antimoustique, et s'arrête tous les 3 mètres pour vérifier ses pieds (temps pendant lequel 5 autres sangsues escaladent les sandales). Surtout dans des eaux troubles a mi-mollet, avec des bestioles entre les orteils ensanglantés d'un sang rouge, épais et collant!
La nourriture est au final meilleure et plus variée qu'au village! Riz et feuilles parfumées ou fleur de bananier pour accompagner le prahoc (pate de poisson), du coeur de bananier cuit avec le poisson en conserve, poissons pechés a la machette cuits avec du citron sauvage, champignons jaunes cuits à l'étouffée dans une feuille et à la saveur fondante et poivrée... Des grenouilles atrappées a la main pendant la nuit par Mannsuk en calecon, nous regardent en gigotant au petit matin, sauf une avec ce qui semble deux langues pendantes... Assommées, mises sur le feu jusqu'a devenir gonflées, rigides et noires, on va ensuite a tour de rôle les dépecer avant de les mettre en soupe avec diverses feuilles acidulées, ou grillées. 
Notre refuge pour 4 hamacs est construit en une demi heure, tout en pieux taillés a la machette dans les arbres et avec de l'écorce ou des petites lianes pour cordes. Economique! Mais on est ensardinés, surtout quand on ramasse les bords a cause de la pluie. Cette ambiance mec me pousse a l'imager par la formule : si quelqu'un s'en gratte une, c'est tout qui tremble!
Quand la pluie (ou plutot le déluge) arrive, ca veut déja dire un sprint jusqu'au camp de base et... Potentiellement pas de riz. Les buches sont creusées dans l'interieur du bois et on enleve un hamac pour cuire l'eau dans notre petit refuge de bache, ou on patiente quelques heures paisibles, contemplatives.
On discute alors des vieilles légendes du lieu ou d'autres étrangers. Un chamane sit ainsi : "la langue allemande, c'est comme un cochon qui mange du riz"!
Mon collègue est moins contemplatif. Jusqu'a ce qu'il n'y ait plus de batterie, il écoutait la radio au milieu des cris de gibbons, d'insectes et d'oiseaux. Comme si on était dans une de ces cahutes d'aventurier perdu dans un décor somptueux qui ne l'impressionne plus. Ou comme ces baraquements ouvriers sur un site minier extraordinaire mais que les travailleurs n'ont pas choisi de voir, trompant leur ennui ou leur peur avec un lien familier qu'est la radio.
Il est quand même plus impressionné par les animaux, qui font définitivement partie du voyage. Singes faisant plier arbres et feuillages, traces de bovidé géant, cervidés élégants dans une prairie sacrée, oiseaux effilés dans la savane, coassements puis chants des grenouilles résonnant comme la gorge de la foref, échos de piaillements d' "oiseaux d'indiana jones" (on entend toujours cette sorte de roucoulement exotique). Les Kork, ces grands oiseaux lourds aux braiements qu'on jurerait d'un mammifère, et dont les ailes bruissent comme si une reine empêtrée de draperies et froufrous prenait son envol. Quand on mange, de grands craquements résonnent; un guide l'explique par un arbre mort chargé de pluie qui chute, l'autre guide opte pour un ours arrachant l'écorce pour du miel et crie "Allez, nous non plus on a pas mangé, viens!"
Lorsqu'ils s'apostrophent de loin, c'est un "Wouh!" suivi d'un coup de machette sur un arbre qui résonne.
Dans le lac sacré plein d'anguilles et de sangsues enormes, le fond vaseux hérissé de squelettes de palmes piquantes dans le fond semble en défendre l'entrée. On ne peut s'y baigner, donc odeur sympa dans les hamacs.
Dans la clairière sacrée où l'esprit nous a "offert" deux cervidés, les arbres semblent danser au rythme de l'orage approchant. Au loin on entend des coups sourds, comme des basses. Un concert à forte sono à quelques kms? Plausible, sauf quand on réentend la même chose au petit matin.
Aux petits pas cadencés du montagnard succèdent les grands pas irréguliers du junglier, attentifs aux troncs pourris de termites voraces, aux fourmis et sangsues, aux ronces, aux trous marécageux... Mieux vaut ne pas attarder ses pieds au même endroit!
L'enfoncement dans la forêt conduit à laisser peu à peu les pensées et soucis du "réel" (enfin, de ce qui n'est pas la forêt) comme des bagages trop lourds. On pense aux trucs du présent (trouver un anti sangsue la prochaine fois, préparer les bagages pour la prochaine pluie, soigner une infection débutante), puis QUE le présent (Ah! Une ronce. Oh! Trois sangsues. Ouah! L'arbre gigantissime). Mais quand, en haut d'une montagne sacrée, le téléphone se met a sonner, ca recadre avec surprise!
En même temps, je lis un peu sur l'iphone un livre sur nos campagnes, et rien de tel pour réenchanter le monde! Trouver dans l'emphase narrative d'ailleurs tout le potentiel d'émerveillement face à la nature et aux gens, oú qu'ils soient. Le raconter ajoute des étincelles, l'illumine, donnant l'impression d'être dans un roman ou un film.
On regarde parfois les photos entre membres de notre drôle de troupe, le guide de la forêt qui sait tout faire, le chamane, mon rigolo collègue et moi la barang, pris de fous rires divers, posant dans des arbres spectaculaires, alertant de sangsues ou traces imaginaires "Eh regarde cette empreinte! -Oh! C'est quoi? -Moi!". Ils me demandent toujours les kms, comme si j'étais le GPS en soi, mais sont bien déçus des kms parcourus en 2 h en pleine forêt! Suk roule ses cônes à l'odeur de pipe. Si il y avait un autre site à cartographier, on irait volontiers. Au retour, la famille pose la première question: "Qui avait le plus peur des sangsues??"



Publié à 06:33, le 28/05/2012,
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Une mission terrain

 Comme tous les mois, une ou plusieurs mission(s) terrain s’organise(nt)

Étape 1 : Carburants divers!

Le plein dans nos vaillantes Honda dream 125 et dans deux bidons plastiques fatigués, Pour la mécanique de nos propres tripailles, du riz encore et toujours, des pates thailandaises en sachet précuit préglutamaté, des conserves de poisson, et du prahoc (le fromage cambodgien fait non pas à partir de lait- mais de poisson- pourri).

Étape 2 : Préparation des montures

L’imprimante crachote en cadence les documents de travail pendant qu’on prépare en rythme une paire de chaussures montantes (contre serpents et surtout obstacles à moto), 2 T-shirts de l’ONG, hamac-moustiquaire et couverture, aspi-venin et anti-palu ;

Après vient l’arnachement des motos a coups de lanières de caoutchouc ; un transport jusque là-bas doit en valoir le coup ! Quelques dizaines de kilos de clous pour les poulaillers, des sacs de semences, du matériel éducatif, un générateur pour des projections…

Étape 3 : Départ à plusieurs vitesses

Selon la ponctualité des techniciens agricoles (préparation des vaccins, affaires, etc) , on part vers 8-9h jusqu’à l’ancienne capitale de la province à travers les bosses poussiéreuses. On y savoure un dernier café glacé, une dernière soupe de nouilles avant de prendre le bac à travers le fleuve Sesan. Là, la mission commence vraiment…

Étape 4  : Les villages

Après la traversée de rivières, de champs de riz, de chamkar et de stations ranger (ou monter dans les camions confisqués me procure la même sensation que dans les musées d'armement de mon enfance!), on arrive au village… Les cheveux en pétard et les cuisses ankylosées, installe les hamacs (ou désinstalle ; a 4 sur un poteau, ca occasionne parfois de belles chutes coordonnées!). On prépare le feu pour faire bouillir l’eau potable et avertit le comité de villageois de nos prochaines activités. En attendant, une petite partie de cartes détend les zygomatiques tout en massant les gains d’une éventuelle petite tournée de bières si il y en a ! (et si on a le budget, car dans les villages une cannette revient au prix d'un repas).

Réunions, discussions, vérifications et distributions s’opèrent auprès des comités et des bénéficiaires en une sorte de ballet plus ou moins organisé, très souvent soumis aux aléas d’un enterrement rassemblant une partie du village, d’une personne clé partie à perpette-les-oies, de l’attente de tel chef ou de tel rapport de ce qui a été fait en notre absence. On dessine sur le sable ou se trouvent le fleuve-des-mangues ou le lac-aux-esprits, en prenant soin de ne pas vexer les esprits qui y habitent par quelque sacrifice préliminaire. Car même si on trouve une raison scientifique a la maladie, il y a toujours la raison "spirituelle" qui a causé la raison scientifique… Pour eux, on ne peut soigner le symptôme sans s'être attaqué à la racine. Quant a savoir qui s'illusionne, je n'en sais fichtre rien!

Fin d’après-midi, s’asperger d’eau en krama dans le fleuve ou le puits le plus proche en se prêtant le savon (il y a toujours quelqu’un qui l’oublie). Rester un peu béatement, le regard se promenant sur le dos des lucioles. Une autre réunion avec les villageois revenus des champs, refuser ou accepter la jarre de vin de riz avec le comité (selon la fatigue et le travail à faire, mais l'ambiance peut etre extra, avec un petit couple de 50 ans amoureux comme a 20 et qui veut apprendre le francais…), zigzaguer entre les enfants aux cheveux fous et les femmes aux seins nus dans des maisons en bambou, le type édenté qui se badigeonne une blessure avec l'encre rouge du tampon de l'ONG! Certains vieux ont les dents sciées "comme un tigre", derniere fashion.

Mais souvent, on rattrape du sommeil là-bas, faut dire qu’en se couchant à 19h… Parfois les gongs, les pleurs des femmes et les cris des hommes résonnent dans la nuit a l'occasion de funérailles. La saison seche y est propice (tout comme aux scorpions et diahrées).

Le vent souffle dans la moustiquaire de nos hamacs comme une tempête dans les voiles d’un bateau de nuit, le son beau et sourd des cloches de buffles rythme l’écoulement d’une nuit souvent étoilée. Ou alors ce sont d'étranges éclairs qui trouent d'orange pale les cieux sombres et bleus. Parfois, le « riche » du village met en marche son générateur pour mettre des Tom et Jerry ou du karaoké.

Dans les premiers villages, on s’attarde un peu plus, mais dans les derniers, on a plus en tête le retour à la « ville », aux rapports, …

Entre les missions du coup, mieux vaut se gaver de mangues mûres, de cafés aux glaçons et de soupes du marché… Histoire de changer des variétés gourmandes du terrain : des feuilles d'arbre, des pâtes en sachet, riz-poisson sec, riz-poisson conserve, et un truc toujours plus fréquent… ; riz-pâtes en sachet (la poudre de glutamate « saveur porc » des pâtes faisant office de condiment plus assaisonné). Une des rengaines de ces repas consiste à dire « quand on rentre à Banlung, on se bouffe 3 poulets grillés chacun » « Oh ouaaaaaaaais ».



Publié à 04:43, le 1/05/2012,
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Forest guys

Il était une fois une montagne sacrée avec des ours maraudeurs, des fourmis voraces, des feuilles fluorescentes et des fleurs-araignées. Il était une fois des ronces a fourrure, des lianes serpents, des offrande en visceres et des becs de poulet qui renseignent sur la bonne fortune. Des plantes ou des petits fruits ronds se tiennent sur les feuilles comme des boules de rosée verte, les sifflements mélodieux des gibbons et oiseaux fantomes, les petits fruits oranges dont les singes n'ont souvent laissé que la coque...

Le tout avec un guide de 50 ans qui en parait 30 et connait la foret pour y avoir combattu les Khmers Rouges aux cotés de l'armée vietnamienne en 1979.

Beaucoup de sensations et d'évenements, et les autres sites a venir sont encore plus grands!



Publié à 02:17, le 14/04/2012,
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